[Inq28] - Klaara Morgne.

23 avril modifié dans Necromunda
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Kaarla Morgne s'éveilla. Lentement. Prit tout son temps, appréciant ce semi-sommeil. Peu à peu, elle se sentait retrouver son corps. Elle en profitait. Elle ne dormirait sans doute plus avant longtemps. A elle-même, elle se dit qu'elle s'activait, elle en sourit. Pour le meilleur et pour le pire.

Le rituel était presque toujours identique : seule, dans un endroit inconnu, répugnant et malfamé. Avant le moindre mouvement, par précaution et habitude elle étendit tous les scanners dont elle était affublée. Satisfaite, elle ouvrit un œil noir sur une petite pièce vide.

Rien de nouveau : le sol huileux et humide, jonché de détritus, d'une hab abandonnée. Rassurée autant que blasée, elle se releva. Elle ajusta machinalement le vieux manteau crasseux qui masquait son corps, sculptural et dangereux. Elle passa en revue ses modestes possessions. Comme d'usage, tout était à sa place. Elle savait que les problèmes ne tarderaient pas... Comme toujours.

Depuis combien de temps les choses se passaient ainsi ? Elle n'en avait plus aucune idée. Elle n'avait d'ailleurs pas beaucoup plus d'idées sur qui elle était. Il lui semblait, qu'au début, elle avait cherché à comprendre. C'était il y a bien longtemps ; elle avait renoncé. Elle préférait prendre les choses comme elles venaient. Personne n'avait jamais pu la renseigner sur ce corps entièrement mécanique qu'elle habitait. Il lui semblait parfois vivant, se réparant, composé d'alliages inconnus. Elle n'avait pas non plus pu déterminer si ce visage organique avait été un jour le sien ou s'il avait été cultivé en cuve. Elle s'en sentait un peu vexée. Elle avait, aussi, elle-même, essayé de se tester, de se tromper, essayé de chercher la part d'esprit humain ou d'IA en elle. Sans aucun succès.

Aujourd'hui, être consciente lui suffisait. Elle se considérait vivante. Après tout, peut-être était-elle la prochaine évolution de l'humanité ? Ou une émissaire d'une race inconnue ayant perdu la mémoire ? Voire, même, une création de l'empereur-dieu ? Elle se consolait en se rappelant qu'être ce qu'elle était avait tout de même bien des avantages : elle ne vieillissait pas, ne souffrait pas. Très rapide, elle n'avait jamais vraiment besoin de dormir ou de manger. Les problèmes de pollutions et de maladies ne la concernaient guère. Dans tous les cas, les recherches sur elle-même étaient bien dangereuses. Plus d'une fois, elle s'était vue en pièces détachées sur les ateliers de fous du Dieu Machine.

Bien qu'elle ait balayé l'idée de découvrir, pour le moment, qui elle était, ses névroses n'avaient pas disparues pour autant. Trop de questions la torturaient. Comment se faisait-il qu'elle se réveille toujours dans des endroits inconnus ? Comment y arrivait-elle ? Pourquoi toutes ces pertes de mémoire ? Dysfonctionnements internes ? Une seule chose était certaine : constamment, les choses tournaient rapidement au vilain autour d'elle.

Elle sourit inconsciemment, observant la modeste porte de l'hab : oui, il y aurait du grabuge, comme toujours !!


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Un bruissement infime rappela Kaarla à la réalité. Ce bruit, elle pouvait maintenant l'identifier entre mille : subtil, incertain, une vibration, un frottement. Comme d'habitude ces censeurs n'avaient rien détecté mais il était là. Elle le savait. Elle ne se fatigua même pas à le chercher du regard. Dans la semi-obscurité de cette pièce, il serait invisible.
Parmi les mystères qui l'entouraient, il y avait Arthur. Elle l'avait prénommé ainsi, presque affectueusement.

Arthur n'avait rien d'humain : origine Xenos inconnue. Presque invisible, il n'était jamais là où on croyait l'entendre. L'observer était très difficile et tout ce qui se tournait vers lui, mécanique ou biologique, se brouillait étrangement. La lumière même semblait disparaître à son contact. Il était le roi des ombres et la suivait depuis une possible éternité, protecteur ou observateur silencieux.
Les quelques fois où Kaarla avait réussi à surprendre quelques images floues de lui, il lui était apparu de couleurs changeantes, une masse de tentacules luisante et dégoûtante surmontée de deux yeux vides. Elle savait que son corps était mou. Il lui permettait de se glisser dans des interstices minuscules. Il était aussi capable d'une grande force se montrant à l'occasion venimeux et agressif.

Kaarla n'avait jamais pu échanger avec Arthur, ce dernier ne semblait doté d'aucune possibilité de communication connue. Pourtant, il la suivait, plus ou moins, il faisait preuve d'une forme d'intelligence et l'avait souvent sortie d'un mauvais pas.

Arthur était son Joker. Parfois, Kaarla se demander si Arthur pouvait être à l'origine de son étrange vie. Elle préférait généralement ignorer cette hypothèse dérangeante.


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Roger avait été mineur sur l'une de ces planètes maintenant interdites, atomisées et supposée mortes. La paie aurait du être bonne et les risques relativement limités : machines de qualité, avancement raisonnable.
C'était juste avant qu'ils ne percent cette étrange cavité, libérant la « Douleur Rose ».
Les corps mutèrent rapidement. Ils finirent pour l'essentiel en purée épaisse et iridescente. Roger, pour sa part, fut doublement malchanceux : il ne mourut pas et son corps muta horriblement. Puis, dans un délire de souffrances infinies, il fut « collecté » comme sujet d'expériences pour un groupuscule de l'Officio Medicae. Ces derniers virent dans les capacités mutagènes de la « Douleur Rose », de nombreux sujets d'examens horrifiques dont le renforcement des possibilités de fusionner métal et chairs. Ainsi, Roger vu ces moignons transformées en armes. Ils ne lui en fallu pas plus, livré à une folie complète et destructrice, pour se libérer de ses bourreaux et fuir dans les ombres de la cité Ruche.

Kaarla rencontra Roger par hasard au cours de l'un de ses "réveils". Elle le prit en pitié. Comme elle, il était perdu et n'appartenait plus à aucune espèce. Son corps, bien que robuste, n'était que douleurs. Son visage ne faisait plus qu'un avec un masque métallique grotesque dont ne s'échappaient que des borborygmes emprunts de détresse. D'une certaine manière, ils s'étaient tout de suite reconnus et respectés.

Enfin, une nouvelle énigme s'était révélée : l'étrange écran, enchâssé au dos du casque de Roger et sans doute au sein même de son cerveau, s'était mis à grésiller, émettant des flashs de lumière peu rassurants. Kaarla y vit un signe du destin.
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